« 4 août 1858 » [source : BnF, Mss, NAF 16379, f. 208], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5543, page consultée le 03 mai 2026.
Guernesey, 4 août 1858, mercredi, 7 h. du m[atin]
Bonjour, toi, mon bonheur, bonjour avec tous les bonjours que j’ai accumulés depuis bientôt trois semaines dans le fond de mon cœur sans pouvoir t’en donner un seul en chair et en os. Bonjour cette fois-ci et bientôt avec toutes les tendresses de mon âme. Kesler m’a fait espérer que tu viendras de bonne heure. Je vais donc tout préparer pour te recevoir et n’avoir plus à te quitter pendant le temps, toujours trop court, que tu resteras avec moi. Je pense que le docteur viendra en sortant de chez toi me donner ton dernier bulletin et j’en profiterai pour lui demander ce qu’il y a à faire dans la journée pour tes pansements et pour le MENU de ton petit dîner. Je voudrais que toute ma joie se traduise en santé pour toi aujourd’hui. Je regrette de ne pouvoir pas te donner mon cœur à manger au lieu d’un poulet maigre. Tiens je suis folle de joie. Je t’adore.
« 4 août 1858 » [source : BnF, Mss, NAF 16379, f. 209], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5543, page consultée le 03 mai 2026.
Guernesey, 4 août 1858, mercredi midi
a
Enfin, enfin, enfin, mon cher bien-aimé, je touche au moment béni de te
revoir1. Je suis
si heureuse que les mots me manquent pour te le dire en même temps que la respiration.
Ô mon cher adoré, comment ai-je pu vivre si loin et si longtemps séparée de toi ?
Il y
a trois semaines, j’aurais cru ce sacrifice au-dessus de mon courage et de ma patience
et aujourd’hui, je me prends à avoir presque peur de te revoir TROP TÔT tant ma
sollicitude s’effraie à l’idée d’une imprudence qui augmenterait ou prolongerait tes
souffrances à peine amorties. Cependant, le bon docteur m’assure qu’il n’y a aucun
danger pour toi dans ce petit trajet de chez toi à chez moi, mais j’ai été si
malheureuse pendant tout le temps de ta maladie, mais je t’aime tant que mon cœur
et
mon âme ne savent auquel entendre. Mon bien-aimé, mon bien, ma joie, ma vie, mon
bonheur, sois prudent, je t’adore. À tout à l’heure, mon âme.
1 Hugo dîne chez Juliette, malgré l’interdiction médicale de toute marche longue (CFL, tableau synchronique, tome X, p. 1574).
a Deux croix ont été ajoutées d’une autre main sur le manuscrit.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo réchappe d’un grave anthrax, qui l’immobilise et l’empêche de voir Juliette, follement inquiète, pendant plusieurs semaines.
- 11 avrilJuliette Drouet visite Hauteville-House. Expérience déprimante.
- 3 juillet-4 octobreHugo est atteint d’un grave anthrax qui manque de l’emporter. Pendant des jours, Juliette est privée de sa vue, et obtient de ses nouvelles via les servantes, et leur médecin qui l’informe.
